Tout le monde se pose un jour ces questions :

Qui suis-je ? Que vais-je faire de ma vie ? Suis en accord avec moi-même ?

Tôt ou tard, notre chemin de vie nous amène à ce questionnement. Généralement c'est en entrant dans l'âge adulte ou lors de crise existentielle, comme c'est le cas en situation de deuil.

                                    Alors, qui suis-je ?

Une maman avant tout je crois, une maman endeuillée qui ne sera plus jamais entière. Est-ce que cela m'empêche de vivre ou d'avancer ? Non, mais j'avance en aveugle ( comme beaucoup..) ne sachant pas comment cette blessure va cicatriser.

Je suis également la maman de Nolwenn, celle qui a fait de moi une mère, celle qui m'a fait grandir sur le chemin de la maternité et de l'enfance. Lorsque j'étais enceinte, je me souviens avoir eu le sentiment d'être "une petite terre à moi toute seule", emplie d'un sentiment de bien être et de sérénité. Cela ne m'est pas arrivé pour Anaïs car j'avais déjà enfanté et être enceinte avec un petit bout de chou de moins de 2 ans n'a pas été simple.

Aujourd'hui, une grande complicité me lie à Nolwenn, aussi compliquée qu'agréable à vivre. J'essaye de freiner cet élan de "copinage" et en même temps, elle sait que lorsqu'elle a des soucis, qu'ils soient mimines ou non, la porte lui est grande ouverte.

C'est à double tranchant, ses problèmes d'ado me renvoient parfois à mon propre vécu et à des blessures qui ne sont pas totalement cicatrisées. Dur dur de faire la part des choses, de rester dans la neutralité et de ne pas trop "conseiller" pour qu'elle fasse elle-même ses propres expériences et en sorte grandie.

Il est douloureux aussi de se dire qu'elle va continuer à grandir comme une enfant unique et que toute notre attention se porte sur elle, ce n'est pas ce que nous voulions pour notre famille...elle nous fait bien comprendre que c'est parfois trop !!!!

Les vacances n'ont pas été toujours simple quand elle se retrouve seule à la maison ou quand, dans toutes les autres familles, elle voit qu'il y a une fratrie...c'est, bien évidemment, difficile pour nous aussi.

 

Après être une maman, je suis une femme ,c'est pas une découverte ;)...je veux dire que je suis une femme "entière" qui assume sa féminité et tout ce qui va avec. A 40 ans ( bientôt 41 snif ) je ne me suis jamais sentie aussi épanouie et aussi "femme", même amputée...J'aime plaire et avant tout me plaire ( même si certains complexes me suivront jusqu'au bout ), Non pas par narcissisme, enfin je ne crois pas, mais simplement parce que se plaire, c'est se sentir bien dans son corps et bien sur dans sa tête, les 2 étant indéniablement liés.

Mais tout cela demande un certain équilibre, prendre soin de son corps et aussi de son esprit, Pour cela, j'ai besoin de me "défouler", c'est mon exutoire....faire du sport, quel qu'il soit, me permet de décharger mes tensions nerveuses et prendre ma dose d'endorphine ( un peu droguée la fille, en plus de la clope )....faire une activité créatrice nourrit, déconnecte mon esprit....c'est comme une séance de sophro.

Ces derniers mois, la frustration de ne pouvoir faire du sport ( opération hernie discale oblige) a déséquilibré ma balance...heureusement, les choses sont en train de rentrer dans l'ordre et j'ai bon espoir de retrouver cet équilibre.

J'aime faire de longues promenades dans la nature, observer les arbres, les fleurs, le soleil, les nuages...je m'émerveille, avec l'oeil de l'artiste qui photographie les couleurs et la luminosité. Cela m'a permis plus d'une rencontre avec Anaïs sous la forme de papillons. Des rencontres troublantes et qui sont arrivées à d'autres personnes proches d'elle.

La dernière en date est alors que j'écoutais une chanson de Yannick Noah, qui parle justement de l'état de deuil et de l'absence de son père. Emue, les larmes au yeux, une petite libellule rouge ( la couleur d'Anaïs ) est venue me rendre visite...troublant, non ?

Certains n'y voient que des hasards, moi, je pense qu'il y en a trop eu pour que s'en soient. 

 

Par la femme que je suis, je suis bien évidemment celle d'Arnaud....14 ans de mariage, presque 20 ans de vie commune..

Un tsunami a traversé et devasté notre vie de couple mais nous sommes toujours là. Là où la maladie nous faisait nous serrer les coudes, le deuil a plutôt tendance à nous séparer... difficile de se parler, de se comprendre quand le bateau est encore en pleine tempête mais il continue à naviguer.

Nous vivons notre tristesse de façon tellement différente et en même temps, nous avons tous les 2 une grande colère enfouie en nous, elle se manifeste sous forme d'agressivité dans le cercle familial....je ne sais comment agir sur cette situation en ayant moi-même la tête dans le guidon. Nolwenn en fait aussi les frais...

L'envie d'avancer ensemble et les projets communs sont là, et c'est déjà beaucoup. Arnaud reste un de mes piliers, un roc sur lequel je sais pouvoir m'appuyer si j'en ai besoin.

 

La deuxième question que je me pose parfois : comment vais je évoluer ? suis je vraiment sur "la bonne voie " ?

Tout cela reste flou...mon métier n'est plus une passion et ne l'a sans doute jamais été. J'aime prendre soin des autres et en retire de la satisfaction mais je suis plus une "écoutante" qu'une soignante....mais je peux m'en passer, travailler n'est plus une nécessité existentielle ( cela l'a été ), aspect financier mis à part. Ce qui me manquerait le plus ce sont les liens sociaux.

Enfin bref, après un arrêt de travail un peu long, je vais reprendre le boulot dans 15 jours en mi-temps thérapeutique. Ma hernie discale m'a bien fait prendre conscience qu'à l'avenir il faut que je m'écoute un peu plus...en même temps, après tout ce que notre famille a enduré et à force d'être "forte", de ne rien lacher, fallait bien que ça craque !!!! Cela aurait pu être pire...Je continue à regarder les offres d'emploi car je sais que je ne supporterai pas mon chef très longtemps.

J'ai parfois la sensation de survoler ma vie, d'être dans une autre dimension...difficile à expliquer, un peu perchée la fille, non ??? 

 

Même si Anaïs est présente dans ma vie tous les jours, j'aimerai trouver une façon de lui rendre hommage autre que fleurir sa tombe....Nous sommes en train de refléchir à une réunion entre famille et amis proches à la date anniversaire de son décès. Un endroit où nous pourrions nous retrouver tous ensemble autour d'une symbolique, tel que planter un arbre, faire un pique-nique en mangeant ce qu'elle aimait...l'idée germe tout doucement.

Je pleure régulièrement en pensant à elle, à tous les traumatismes que nous avons vécus, au moment de sa mort...mais je sais que cela n'est pas suffisant....j'ai tendance à fuir, esquiver la douleur, sans doute par mécanisme de défense.

Cet été, je me suis retrouvée confrontée à une douleur absolument intolérable, aussi bien physique que psychologique. Une prise de conscience de sa mort, un manque insupportable, j'ai cru devenir folle. Plus rien ni personne n'avait d'importance. J'étais glacée, morte à l'intérieur, un trou noir, un abîme dans lequel je n'avais aucune envie de m'enfoncer mais c'est un état que l'on ne maîtrise pas. 

Heureusement, cela n'a pas duré longtemps mais cette souffrance me fait peur, c'est un état dépressif que je ne veux pas traverser. Alors, je me demande s'il est possible de vivre ces états par "à coup" ou si tôt ou tard, il faudra que je traverse une période similaire plus ou moins longue...emmène-t-elle sur le chemin de l'acceptation ? Je crois pas pouvoir accepter un jour mais simplement vivre "en harmonie" avec le fait que ma fille est dans un autre monde, pas très loin du nôtre.

 

Voilà une grosse tartine d'écriture pour ceux qui auront envie de la lire jusqu'au bout....ça faisait longtemps !!!

 

 

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