C'est souvent le lundi que je me "retrouve" le plus mal....sans doute parce qu'Anaïs est morte un lundi....

C'est le seul jour de la semaine où je suis seule à la maison de 8h à 16h et parfois, dès le matin je sens que ça ne va pas aller. C'est le cas aujourd'hui...alors, pour une fois au lieu de ruminer mes pensées, je viens les écrire.

Nous avons pourtant passé un super we mais cela ne suffit pas à me "porter".

C'est dur pour moi, j'ai la sensation de venir me plaindre et je m'aime pas ça, pourtant, je pense que j'ai de quoi.

Un ressenti comme celui de ce matin me donne la sensation de faire 10 pas en arrière....c'est aussi ça le deuil, il y a quelques jours j'écrivais nos "avancées" et aujourd'hui c'est comme si rien de ce que j'ai écrit n'était vrai !!!

Anaïs me manque cruellement, je ne peux me résoudre à penser que je ne peux plus la serrer dans mes bras, que je ne peux plus lui parler, l'entendre rire, la voir sourire....j'ai tellement mal quand je réalise que ce n'est plus possible...c'est physique, comme un drogué en manque.

Ses "maman, je t'aime" me manquent, ses grands yeux bleus me manquent, ses calins, la façon qu'elle avait de faire le clown, la façon qu'elle avait de s'installer sur le canapé en suçant son pouce, son petit air espiègle...tout me manque teriblement.

Et je me dis "pourquoi, pourquoi, pourquoi ? pourquoi n'est-elle plus là ? pourquoi dois je avoir si mal ?". Nous vivons tous le deuil de façon différente et parfois j'aimerais échanger ma place avec d'autres.

Je lis des parents qui se sentent bien, qui ont déjà repris le boulot, qui arrivent à ne voir que ce que leur enfant a laissé et pas ce qu'ils ont perdu...peut-être vivent-ils aussi des jours sombres et tristes ? ou pas.....peut-être ne viennent-ils pas écrire quand ça va mal ?

J'ai un sentiment de solitude, non pas d'isolement mais de solitude intérieure. Je pourrais prendre le téléphone pour appeller une amie mais qui peut comprendre ce que je vis ?

Alors, j'attends que ça passe, je me dis que demain ne pourra être que mieux....ou pas.

Des journées comme celle-là sont dures à passer, envie de rien...pas envie de faire les courses, pas envie de voir du monde, pas envie de faire à manger, pas envie de dessiner....et la culpabilité de me dire que je tourne en rond sans vouloir, sans pouvoir sortir de cet état.

Le seule envie présente est celle de penser à Anaïs même si ça fait mal.

Hier soir, nous sommes passé en voiture près de l'hôpital et j'ai repensé à cette l'hospitalisation après Clermont. Alors que vous venions de passer le cap difficile de l'après greffe, Anaïs a fait une grosse infection sous-cutanée. Elle avait été transportée en hélicoptère de Clermont à Grenoble sans qu'aucun de nous ne puisse l'accompagner ( c.... de médecin ), et le soir même, lorsque nous avons enfin pu la rejoindre à l'hôpital, elle commençait à faire de la température.

Son cou s'est mis à enfler et il y avait un risque de collection de pus. Il aurait fallu une intervention chirurgicale si les antibiotiques n'avaient pas suffit. Elle a eu à nouveau de grosses douleurs et ne pouvait pratiquement plus bouger la tête.

Après avoir vécu les complications hépatiques en post-greffe, il a fallu que les choses se compliquent à nouveau avec cette cellulite. 3 semaines d'hospitalisations suplémentaires après 2 mois et demi passés à Clermont...c'était rude. Tout cela me semble suréaliste aujourd'hui....c'est tellement loin et en même temps, ses souvenirs sont encore bien présents.

J'aimerais n'avoir que de bons souvenirs, malheureusement quand on passe 4 ans avec le cancer et des traitements comme les chimios, ce ne peut pas être le cas !!!

Je souhaite qu'avec le temps les mauvais s'effacent et qu'ils ne restent que les bons.

Ma puce a dû passer par tellement d'épreuves, et elle a fait cela avec tellement de dignité, de courage...c'est d'autant plus injuste d'avoir dû la laisser nous quitter après tous ses combats, elle méritait de gagner...comme bien d'autres !!!

J'espère que là où ils sont, tous nos petits guerriers et guerrières partis trop tôt,  ils s'éclatent comme des fous et jouent à longueur de journée...qu'ils rattrapent ce temps perdu à lutter contre la maladie qui leur à voler une partie de leur enfance.

Je sais qu'Anaïs, malgré toutes les difficultés de sa "petite" vie, a su profiter de chaque instant de bonheur qu'il y avait à prendre...et je sais qu'elle continue à le faire aujourd'hui. J'espère que dans l'au-delà, notre vie d'avant "disparait" car je ne voudrais surtout pas qu'elle souffre comme moi je peux souffrir....