Quel titre...vous imaginez peut être la suite...

J'ai beaucoup pleuré cette semaine, non pas l'absence, le manque d'Anaïs qui m'accompagne maintenant depuis 2 mois. Non, je viens simplement de réaliser "profondément" ce que j'ai eu à faire, ce que la vie m'a imposé de vivre.

Je crois avoir été comme absente de cet instant, je pense l'avoir vécu en essayant de me détacher de mes émotions, comme la professionnelle que je suis. Moi, l'infirmière en soins palliatifs, j'ai accompagné ma fille jusqu'à la mort après avoir accompagné tant de gens jusqu'à cet instant de non retour...

Ces derniers jours, j'ai mal d'avoir eu à vivre ça, j'ai mal d'avoir ses images dans ma tête...j'ai entendu son dernier souffle sortir de sa bouche....je subis toute l'horreur de cet instant et en même temps, pour rien au monde je n'aurais voulu être ailleurs.

Je l'ai accompagné avec beaucoup de sérénité, avec amour car je savais que ce moment était proche et qu'il me fallait prendre sur moi, pour elle... même si je ne savais pas exactement quand est- ce que cela allait arriver, quand allait-elle arrêter de respirer ?

Je me souviens que nous étions chacun d'un côté du lit, Anaïs avait le visage tourné vers Arnaud. Soudain, il m'a dit "Chris, qu'est-ce qui se passe ? ". J'ai vu ses yeux un peu en arrière, sa bouche ouverte qui cherchait de l'air et j'ai tout de suite compris.

Je me souviens de lui avoir dit très calmement "elle est en train de partir". Nous nous sommes tous les 2 penchés sur elle et à travers nos larmes nous lui avons dit à quel point nous l'aimons et qu'elle pouvait partir maintenant.

Je me souviens de ce soulagement que j'ai ressenti, le "ça y est, c'est fini", nous avions tellement d'appréhension....je voulais juste être là, sans réfléchir, sans ressentir peut être, il n'y avait qu'elle qui comptait.

Après sa mort,  je me suis installée dans le fauteuil de la chambre avec elle dans mes bras, son corps était encore tout chaud, j'étais bien....j'ai pleuré, beaucoup pleuré ...j'ai rit aussi, partagé des souvenirs avec Pat ( une auxiliaire qui nous connait bien). J'ai ressenti tellement d'amour, de tendresse de toutes les personnes qui sont venues nous accompagner dans ce moment.

Mais aujourd'hui, mes émotions sont différenets, je ne suis plus dans le soulagement, il n'a duré qu'un temps.....mes larmes coulent à flots et je ne peux les controler, je sanglotte à n'en plus finir. Je suis contente d'être seule à la maison, cela me permet de me "lacher", de ne rien retenir....mon enfant est morte sous mes yeux, sans que je ne puisse rien faire d'autre que lui dire de partir en paix. 

Pouvez vous imaginez voir votre enfant s'éteindre là dans vos bras impuissants ? non, vous ne pouvez pas....c'est inimaginable, impensable, inacceptable et pourtant....

Le seul réconfort que je peux trouver, c'est celui de lui avoir donné la vie et d'avoir pu être là lorsque celle-ci s'est finie...la boucle est bouclée même si ce n'est pas dans l'ordre des choses.

Je suis profondément, inexorablement triste, même si ce chagrin s'efface parfois pour que je profite de moment de plaisir....mais je ne suis pas malheureuse, le malheur c'est autre chose, je serais malheureuse si l'envie de vivre et d'avancer m'avait quitté. J'espère que ce ne sera jamais le cas.

 

 

 

J'ai écrit ses lignes il y a 3 jours...depuis le we est passé. Je pense avoir passé une "étape", même si j'aurai surement encore à revivre ce moment là. Je me sens libérée d'un poids et je sais que c'est une façon d'avancer dans le deuil, de "réaliser" petit à petit la mort d'Anaïs et de pouvoir un jour apprivoiser son absence.

GEDC0554